Trad made in France

JonathanCrison (7)


Jonathan Crison est guide de haute montagne, alpiniste et grimpeur émérite. Il est également cadre de la F.F.M.E (Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade).

Il nous livre quelques spots et conseils pour grimpeurs curieux.

Si la France est l’un des pays les plus visités pour la grimpe sportive, force est de constater que le rayon « trad en France » ne fait pas plier l’étagère de nos librairies spécialisées.

L’hexagone nous apporte une diversité de grimpe exceptionnelle dans quasiment tous les styles, mais il faut reconnaître que les mangeurs de grenouilles n’ont pas été les plus gâtés en terrains propices au trad. Le calcaire qui a fait la renommée de l’escalade française est en effet moins favorable à la pose de coinceur que d’autres roches comme le grès ou le granit. D’où le faible développement de cette pratique en France.

©Camille Didillon


Quelques spots

On trouve pourtant en France quelques sites développés spécifiquement pour le Trad et quelques lignes laissées volontairement en l’état : le Vercors,  Céüse, ou le Caroux en sont quelques exemples…

Voici ici une sélection de 3 autres spots et quelques voies associées qui méritent de sortir vos vieux «amis».


Le granit chamoniard 
: Le trad est lié ici à l’histoire du massif : on y grimpait avant d’avoir imaginé le concept du planté de spit.

©Jonathan Crison

  • Voie Rébuffat à l’Aiguille du midi, 6a max/200m, voie ô combien classique, mais déjà une belle entrée en matière pour aborder le trad, avec au passage un hommage à Gaston.
  • La Fissure Leroux, 6c, 35m sous le refuge des Cosmiques : une couenne vierge de tout équipement à 3600m. Une grande longueur à réclamer une perf d’EPO…
  • Les intouchables au Trident du Tacul 200m/ 7c+ (ou 5.12a/7a+, pour ceux qui peuvent se la péter en faisant des verrous tout en racontant leur dernier « US trip »).


Le Verdon :
Plus connu pour ses dalles bleues qui ont fait sa notoriété, l’histoire du Verdon a pourtant commencé par ses fissures, cheminées et autres renfougnes… Le Verdon regorge de voies propices au trad, qui mériteraient d’être plus connues…

Morceaux choisis par Elise Maillot, monitrice d’escalade au bureau des Guides de la Palud sur Verdon: 

  • ORNI (« Objet Rampant non identifié »), secteur du dièdre des rappels. 6b+/100m. Pas besoin de s’étaler, le nom de la voie en dit déjà bien assez…
  • Voie Ula, secteur les marches du temps : 6b/300m. Une Classique à découvrir ou redécouvrir pour s’offrir une des plus longues voie des gorges…
  • L’Estamporanée, secteur Grand Eycharme : ­6c/200m ; un Mythe des gorges et une fissure à remonter sur 200 m avec très peu de matos en place…


Annot :
C’est le nom qui vient désormais à l’esprit quand on prononce le mot Trad en France. C’est notre petit « Indian creek » à nous. Des fissures démentes mais pas que : du trad possible aussi dans des profils à trous ou écailles (et ça les américains peuvent toujours en chercher des pareils à Indian creek)!

©Manu Ibarra
©Manu Ibarra


Morceaux choisis par Lionel Catsoyannis, le maître des lieux. Un grand merci à lui et ses amis d’avoir permis le développement  de ce site,  et ouvert (et défriché ! ) ces lignes.

-Les voies du secteur de la cave : plusieurs voies dans le 5. Un secteur récemment mis au goût du jour et vraiment adapté à la découverte du trad.

Spitalgie, 6c un mur parsemé de trous, et qui se protège pas si mal. Du beau trad en dehors des fissures.

L’Arche et Crack rider, deux couennes en 6c à la vire du bas, historiques et photogéniques.


Bien démarrer le trad…

En trad, on ne part jamais complètement la fleur au fusil dans une longueur. Ou on le fait et on se dit qu’on s’est encore fait avoir…

Tout est une question d’anticipation : du matos à emporter, du coinceur à choisir, de l’emplacement du friend, etc… Ce paramètre non négligeable qui vient largement pimenter le jeu.
©Matteo Giglio

Pour mieux en profiter et bien commencer, Le Guide et coach des Equipes Nationales d’Alpinisme de la FFME, Antoine Pêcher nous livre quelques conseils :

Les règles de base

  • un point bien posé est un point solide ;
  • en général, on place plus de protections naturelles que ce que l’on mousquetonnerait comme spit dans une voie de même longueur
  • ne pas hésiter à doubler voire tripler les protections ;
  • il faut savoir gérer son jeu de coinceurs sur la longueur ;
  • bien ranger son rack de coinceurs et de friends. En général on met les plus petits devant et les plus gros, derrière ; en répartissant de chaque côté.
  • éviter la « fuite en avant ». Si on n’arrive pas à placer un bon point, il vaut sans doute mieux redescendre que d’imaginer qu’on trouvera forcément une bonne prise plus haut avec un bon emplacement de coinceur ;
  • toujours être très critique sur la qualité du rocher. Quand un point ne tient pas, c’est bien souvent le rocher autour qui casse. D’autant plus que les sites de « trad. » sont rarement aussi bien nettoyés que les sites sportifs ;
  • attaquer dans des voies bien en-dessous de son niveau maximum en escalade sportive. Mettre un bon coinceur demande parfois du temps et il est préférable d’avoir une bonne marge physique.


Pas à pas

Pour commencer, rien ne vaut l’artif ! En effet, se suspendre sur un point est le meilleur moyen de savoir si celui-ci est solide ou pas. En contre assurant avec quelques spits, on ne prend pas trop de risques.
©Jonathan Crison

Ensuite on peut s’essayer dans une voie où l’on aura déjà mis les protections en place en moulinette. Même si les coinceurs sont en place, on se rend vite compte que, mentalement, ce n’est pas la même chose que des spits !

On peut ensuite refaire cette voie que l’on connaît en mettant ses protections au fur et à mesure.

Il est aussi possible d’aller dans des voies déjà équipées. Clipper un point « béton » de temps en temps ça peut rassurer. Même si à terme, l’intérêt de l’escalade sur coinceurs réside bien évidemment dans le fait de n’utiliser que des protections naturelles !

Ethique et tact…
Les débats à propos de l’équipement ou le déséquipement de diverses lignes ne manquent pas. Tous les spots présentés plus haut auraient leurs voies pour alimenter la polémique…

Chacun aura son avis sur la question, et les discussions sur le sujet permettraient d’éviter l’ennui durant une période de mauvais temps à Chamonix… L’essentiel est qu’au final chaque grimpeur puisse trouver des espaces où s’amuser selon les règles qu’il s’est fixé… Tout en respectant les usages locaux et l’esprit de l’ouvreur…

Une chose est sûre escalade « traditionnelle »  et « sportive » s’enrichissent et se complètent plus qu’elles ne s’opposent !



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