Sécurité et alpinisme : comment se former ? Partie 1

« La montagne n’est ni juste ni injuste, elle est dangereuse. » Cette phrase de Reinhold Messner pourrait résumer une vision de la montagne et de l’alpinisme autrefois acquise.

Les temps ont changé. Aujourd’hui l’alpinisme est multiple, les activités outdoor se singularisent. On rêve devant la richesse des produits que proposent les fabricants, devant les images véhiculées par Youtube et les réseaux sociaux. L’hiver décuple ce phénomène : grandes courbes, plaisir et exploits prennent le pas sur le risque…

Avec des pratiques qui deviennent plus accessibles et se démocratisent, le niveau global explose. La SAE, le dry-tooling, les nouveaux piolets et les skis larges ont balayé un process au long cours : en quelques mois les grimpeurs serrent les manches comme jamais, le grade 6 devient une presque formalité pour beaucoup et les freeriders sont de plus en plus nombreux, dans des pentes de plus en plus raides.

Faut-il s’en offusquer ? Il y a autant de génie que de dérives dans cette évolution.
Ce qui n’a pas évolué, en revanche, c’est la montagne.


Sortant de la salle d’escalade et de ses supports aseptisés, on pense être armé pour la falaise, pouvoir grimper en tête « sans avoir peur ». L’apparente facilité des cascades nettoyées et sur-fréquentées minimisent l’observation, le libre arbitre et l’anticipation. En ski, la « peuf » est synonyme de plaisir et facilite grandement les itinéraires les plus raides.

Pire, on peut passer à côté du drame de nombreuses fois et rentrer à la maison, conforté dans ses choix et bercé de certitudes. Il y a bien souvent un gouffre entre le niveau technique et l’expérience.


S’il y a un enjeu aujourd’hui, ce n’est pas de savoir ce qu’il faut faire ou pas, ce qui est bien ou pas. C’est de le faire en connaissance de cause et donc de se former.


Comment, où et quand ? Voilà les vraies questions…

 

Formation… Vous avez dit formation ?


Jouer sur le terrain escarpé de nos montagnes exige un minimum de compétences pour qui veut acquérir sereinement de l’expérience. L’entraînement technique est donc une base fondamentale.

Avoir un DVA dernier cri est une chose, savoir s’en servir en est une autre.

En revanche, cette idée nous pousse parfois à croire que réaliser un mouflage triple ou être capable de trouver un DVA caché dans la neige en moins de trois minutes nous met à l’abri.


Apprendre à éviter le pire devrait être la première étape.

Une méthode qui s’accorde peu avec l’urgence de la consommation : si tu n’as pas « ridé » de la poudre, tu as raté ta journée…

Se former implique donc de se remettre en question, de différencier plaisir et prise de risque et de réduire le décalage entre ses prétentions et ses aptitudes.

Une vidéo (en anglais) pose bien les bases de ce sujet.

Se former est aussi la condition sine qua non pour préserver sa liberté.

En assumant sa propre sécurité, on ne demande pas à la société de le faire. Faute de quoi, pour le bien de tous, la montagne trouvera, comme n’importe quel autre terrain de jeu, ses limites et ses règles !

L’alpinisme exige donc de se responsabiliser et d’opter pour une démarche où les secours ne font pas préalablement partie du jeu…


Aménagement, formation et marketing


Les acteurs économiques de la montagne répondent de diverses manières à la problématique du manque d’expérience et à la demande grandissante. La première, c’est l’aménagement des sites.

Les itinéraires sécurisés, réservés à la rando, tout comme les produits d’initiation dispensés par les centres de ski font leur apparition.

Des sites englacés artificiellement comme Ouray (USA), Aiguilles en Queyras et beaucoup d’autres permettent de pratiquer la glace en se dédouanant (en partie) de l’analyse des conditions.

C’est une bonne façon de découvrir et de débuter techniquement dans ces activités.

En revanche, vouloir pousser cet aménagement en haute montagne comme cela avait été évoqué pour le couloir du Goûter au Mont-Blanc pose la question du sens même que l’on donne à l’alpinisme.


Faisant de la sécurité leur nouveau cheval de bataille, des fabricants de produits techniques ont compris l’intérêt d’offrir plus qu’un mode d’emploi avec le produit vendu. Et beaucoup d’entre eux proposent des Academy en tous genre : Ortovox Safety Academy, Salomon Mountain Academy, Arcteryx Academy… Des évènements et contenus de formation qui suscitent de l’engouement et génèrent du lien entre les pratiquants et les professionnels. Mais où met-on le plus l’accent ? Sur la com ou sur le contenu ?

Et surtout que faire ensuite lorsqu’on est seul et que l’on veut progresser ?


Le web ou la connaissance virtuelle


En dehors des informations météo, bulletins d’Estimation du Risque d’Avalanche (B.E.R.A.) et autres applications dont nous reparlerons plus tard, Internet propose un vaste catalogue de tutos, tips et conseils en tous genre. Une source d’information qui a l’avantage d’être riche, immédiatement accessible et ce, presque partout (merci la 4G). Vous y trouverez de bonnes informations et des vidéos très pédagogiques, à condition d’avoir du temps…

De plus en plus d’institutions utilisent ce biais, à l’image de l’ENSA et sa chaîne Youtube, de la Chamoniarde ou de l’Anena.

Encore faut-il s’approprier véritablement ce contenu et le mettre en perspective avec une pratique de terrain.

Internet contribue en ce sens à une certaine culture de la montagne, mais à la différence des livres, aucun filtre n’existe pour juger de la qualité et de la crédibilité de l’info.

Par ailleurs, l’immédiateté et la facilité d’accès peuvent donner l’illusion que notre smartphone fera une partie du boulot à notre place. Regarder un tutoriel sur la plomberie ne fera pas de vous un plombier, surtout en cas d’inondation…

Anticipe-t-on ses besoins ? Prépare-t-on véritablement sa course ? Fait-on le tour de l’info ?

Internet, c’est souvent l’illusion de trouver facilement la solution au problème et ce de façon immédiate.

 

Quelle démarche adopter pour se former ? Et quels outils me permettront de véritablement progresser en fonction de mon niveau ?

Des évènements, des formations fédérales, des professionnels et des clubs peuvent vous y aider. Certains outils et bases de données pourront même venir enrichir votre expérience…

C’est ce que nous vous proposons d’aborder au prochain épisode ;-)


Stay tuned 

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