Pente raide

portrait_clemClémentine Junique, 25 ans, est une monitrice de ski amoureuse de la haute montagne. Toujours prête à s’engager sur les traces de son ami skieur de pente raide Pierre Hourticq, elle nous livre ici ses propres clés pour s’engager dans cet univers.

Clémentine est aussi présidente de l’association « Girls to the top« , dont le but est de promouvoir et développer l’accès des femmes aux activités de montagne!


Quand on débarque à Chamonix les yeux rivés vers le ciel, on rentre en quelque sorte dans un monde nouveau. Je le répète souvent à des amis: Chamonix n’est pas une “station de ski”. C’est plutôt de la haute montagne aménagée avec quelques remontées mécaniques par ci par là.

En tant que skieuse et fille de guide, j’avais déjà fait un peu de ski en montagne en Oisans ou encore skié à l’Alpe d’Huez, station aussi belle qu’ensoleillée avec de beaux itinéraires hors-piste. Mais je dois l’avouer les montagnes et les couloirs Chamoniards m’ont d’abord impressionnée, et certains m’impressionnent toujours!

Départ du couloir Gervasutti à la Tour Ronde ©Pierre Hourticq


Ici on est très rapidement sur zone glaciaire et même une «innocente» vallée blanche peut vite se transformer en drame. Il faut donc en prendre conscience assez rapidement.

Du coup on est à la fois attiré, intrigué et un poil anxieux face à ce nouveau terrain de jeu situé au coeur des montagnes.

Je vous donne ici quelques conseils personnels pour découvrir puis approfondir le ski de montagne quand on n’est pas Pierre Hourticq (et qu’on n’a pas des dons innés de skieur de l’extrême- cf team Blue Ice). Tout ça pour vous dire que je vous parle de mon expérience, avec mes yeux de skieuse relativement lambda.

Avant d’aller en montagne, vous pouvez vous entraîner sur des couloirs raides mais proches des domaines skiables, donc un tout petit peu plus sécurisés.

Vous pouvez aussi vous entraîner à la fameuse technique du virage sauté, un virage qui normalement (si vous n’êtes pas trop « à cul » comme moi) ne vous fait pas prendre de vitesse et permet de tourner à des endroits très raides.


Car là est vraiment toute la difficulté : faire des virages ! Comme le dit si bien notre ami Helias Millérioux (Guide de haute montagne, team Blue Ice): « Un mauvais skieur pourra toujours descendre une pente raide en dérapage ».

Au delà des techniques de skieur, dès le début de votre pratique, il vaut mieux avoir quelques bases en alpinisme, savoir poser un relais si le départ est trop sec, avoir quelques broches à glace, un piolet, etc Puis par la suite ces compétences d’alpiniste deviendront incontournables pour faire face aux risques inhérents à la montagne, tels que les chutes de pierres, les avalanches, la glace sous la neige, les crevasses où les chutes de séracs.

A l’entrée du couloir des Cosmiques ©Pierre Hourticq


Enfin le plus important est aussi d’avoir de bons compagnons de cordée. Ce point là peut non seulement vous faire passer du bon temps en montagne mais aussi vous sauver la vie.

Pour les bons skieurs débutant le ski de montagne à Chamonix, il est possible de s’entraîner et commencer à se mettre dans l’ambiance dans le couloir de l’ENSA, au Brévent. Je ne le considère pas comme du ski de pente raide ou de montagne, mais c’est un joli couloir à faire sans s’arrêter pour se faire les cuisses!

L'entrée du couloir de l'ENSA ©Pierre Hourticq

L’entrée du couloir de l’ENSA ©Pierre Hourticq


Après si vous vous sentez à l’aise pour partir en montagne il existe des topos pour les pentes raides (Massif des Ecrins, du Mont-Blanc…). Ils sont selon moi indispensables et comme tout topo ils indiquent des cotations de difficulté.


Explications sur les cotations:

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Ainsi je vous conseille de commencer par un couloir non seulement accessible à la montée mais aussi pas trop exposé à la descente, en cas de chute.

Autrement dit la chute peut ne pas être mortelle et vous n’avez pas besoin de beaucoup de techniques d’alpiniste à la montée.

Deux couloirs me paraissent répondre à ces critères : les fameux et relativement accessibles couloir des Cosmiques  et « Glacier Rond ».

Rappel d'entrée dans le couloir des Cosmiques ©Pierre Hourticq

Rappel d’entrée dans le couloir des Cosmiques ©Pierre Hourticq


Ensuite vous pourrez vous atteler à des pentes plus raides avec un accès un peu plus technique mais qui restent encore moyennement exposées.

Un de mes coups de coeur reste le très beau et très rectiligne Couloir Gervasutti de la Tour Ronde.

Pour une approche et une ambiance encore plus « montagne », le couloir en Y de l’Aiguille d’Argentière est aussi très beau.

Enfin il reste des couloirs encore plus engagés qui méritent de l’expérience (que je n’ai pas encore acquise): La NNE des Courtes, le Spencer à l’Aiguille de Blaitière ou encore, si votre expérience est suffisante, la face Ouest du Mont-Blanc!

Depart du couloir en Y, Aiguille d’Argentière ©Pierre Hourticq

Quand vous êtes lancé et que vous devenez passionné de ces endroits raides et sauvages, vous devez vous questionner constamment sur les conditions. Il est fréquent de repérer un couloir avec des jumelles ou des photos quelques jours avant. En moins d’une semaine un couloir peut passer de skiable à complètement inskiable et dangereux. Beaucoup de couloirs se font au printemps, certains peuvent aussi ne pas être en condition tout l’hiver.

Des amis se sont fait de grosses frayeurs dans le couloir des Cosmiques par exemple…


Dans tous les cas je vous promets de belles sorties en montagne, des moments magiques et remplis d’adrénaline ! Ne perdez jamais de vue votre niveau et votre expérience pour vous faire plaisir et non pas dans l’unique but de le raconter en bas au bar.

Je vous souhaite, quel que soit votre type de ski et vos envies, un très bel hiver à tous !

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