Penchons-nous sur les relais - Partie 1

Le relai est pour l’alpiniste un symbole de sécurité, de maîtrise et d’expérience. Le tour de magie par lequel il a pu affronter des parois qui dépassaient de loin la longueur de sa corde !

C’est aussi parfois un bon sac de nœuds…

Dans le terrain vertical, l’assurage à l’épaule avec la corde passée derrière une écaille, a laissé place, au fil du temps, à plus de technologie et de manipulations.

Et c’est là que les choses se sont compliquées…

Rajoutons à cela que les cultures et les modes de pratique de chaque massif ont amené des techniques bien différentes dans la confection et l’utilisation des relais.

A titre d’exemple, nos amis anglo-saxons et américains utilisent depuis longtemps leur propre corde pour confectionner le relai avant d’assurer leur compagnon directement sur le baudrier.

Dans les Alpes orientales et notamment dans les Dolomites, c’est différent : le relai est confectionné en point fixe et l’assurage se fait directement dessus, à l’aide d’un autobloquant ou d’un demi-cabestan.

Dans d’autres pays comme la France, on adopte souvent une position mixte avec une triangulation du relai et l’assurage tantôt sur celui-ci tantôt sur le pontet du baudrier.

Qui a raison ? C’est bien la question à laquelle il ne faut pas essayer de répondre…


A l’heure d’internet, des retours d’expérience et des échanges entre spécialistes, les intérêts des différentes techniques sont davantage mis en évidence.

Récemment l’ENSA publiait une étude puis une vidéo présentant d’autres modes de pratique que ceux initialement enseignés dans nos contrées occidentales.

Une remise en question de nos habitudes qui a eu le mérite de faire réagir les professionnels comme les amateurs, comme le montrent les réactions sur ce forum.

Triangulation ou pas ? Corde ou sangle Dyneema ? Assurage sur le baudrier ou directement au relai ? Demi-cabestan ou appareil d’assurage ?

Ces questions, parmi les plus fréquentes, s’entremêlent et ne trouvent pas toujours de réponses claires. Les informations se perdent dans un jargon d’experts, mettant en évidence le poids de nos cultures et de nos incohérences. On entretient un certain flou…

Avant de faire des nœuds jusque dans nos cerveaux, essayons d’y voir plus clair, en reprenant ces questions et pourquoi pas en essayant d’en poser d’autres.

Le relai, ce lieu « salvateur » qui permet à la cordée de poursuivre son ascension ou de regagner la terre ferme mérite que l’on se penche dessus avant de s’y suspendre…


En préambule

Un relai doit être « au-dessus de tout soupçon [1] » !

En d’autres termes, il doit être inarrachable, protégé d’éventuels dangers objectifs et si possible confortable.

C’est un objectif plus difficile à atteindre quand on a à faire à de vieilles sangles, pitons rouillés, broches ou coinceurs plutôt qu’à des goujons de 14mm et des chaînes en inox…

Vous l’aurez compris, nous nous adressons plutôt aux grimpeurs « trad » et aux alpinistes.

 

Quel état des lieux ?

En d’autres termes de quoi est fait le relai ?

Qu’il soit amovible (sangle autour d’un becquet, coinceurs, broches…) ou fixe (pitons, plaquettes…), un relai peut être constitué d’un seul point ou de plusieurs reliés entre eux.

Une bonne corde nouée autour d’un gros mélèze en est la plus simple expression et coupe court à tout débat…

Pour le reste, vérifie-t-on toujours l’état de résistance des ancrages et de leurs liens : cet arbuste est-il assez gros ? cette écaille assez solide ? cette sangle n’est-elle pas douteuse avec sa décoloration et ses motifs semblant dater d’un autre siècle ?

Et les pitons, comment tiennent-ils ?

Peut-être que ce sont Livanos, Desmaison et consorts qui les ont plantés, mais n’oubliez pas que c’était il y a près d’un demi-siècle…

Le grimpeur alpiniste a trois amis : son couteau, son marteau et sa cordelette.

Etre suspicieux, retaper sur les pitons tout comme changer les sangles ou cordelettes n’est jamais superflu.

Par ailleurs, le réflexe qui consiste à se mettre allègrement en tension, une fois vaché, ne se prête pas à tous les types de relais…


 

A quoi va servir mon relai ?

Tous les relais n’ont pas le même usage : certains nous servent à descendre (relais sommitaux, relais de rappels), d’autres à progresser. Certes ils peuvent avoir les deux fonctions mais dans ce cas, « qui peut le plus peut le moins ».

Les contraintes qui vont s’exercer seront donc variées :

- dans le cas d’un rappel (sauf cas exceptionnel de surcharge pondérale ou d’avalanche), le poids infligé sera unidirectionnel et dépassera rarement quelques centaines de kilos.

- dans le cas d’une chute, on pourra être en présence de forces d’intensité beaucoup plus importante, de directions et de sens multiples (vers le bas, vers le haut, sur le côté)…

Un petit rappel, à ce propos, sur le facteur de chute et la force de choc

 

Comment travaillent les points ?

Ce sujet mérite une longue réflexion, un dossier à part entière !

Retenons ici que nos coinceurs, friends ou pitons sont très souvent placés pour travailler vers le bas : déformation professionnelle du grimpeur…

Qu’en est-il s’ils sont sollicités vers le haut ?

Pour certains types de relais dont nous venons de parler, il peut être parfois judicieux d’anticiper sur la direction dans laquelle on va solliciter les ancrages et apprendre à les placer dans tous les sens… Du moins dans le bon sens, celui qui fait appel à votre sens pratique.

Enfin, on se comprend ?

 


Triangulation ou pas ?

Les limites du relai triangulé

L’étude de l’ENSA confirme que le relai triangulé est celui qui offre la meilleure répartition de la charge entre plusieurs points. C’est aussi un système rapide à mettre en œuvre et c’est pourquoi il est largement utilisé en terrain alpin…

En revanche s’il est totalement directionnel, la rupture de l’un des points pourra avoir de fâcheuses conséquences sur la résistance du second.

S’il n’est pas totalement directionnel ou semi-directionnel, un effort latéral pourra fragiliser successivement un point après l’autre…

Si le mouvement va jusqu’au retournement du relai (assureur ou appareil d’assurage entraînés vers le haut), les points ne travailleront plus du tout dans le sens prévu…

Cela fait beaucoup de « si »...

Pour toutes ces raisons, ce relai semble mieux se prêter à une charge unidirectionnelle et à un déplacement limité : c’est le cas des rappels, de l’assurage d’un second ou de l’assurage d’un leader à distance du relai

 

Quels autres types de relais sont envisageables ? Quels sont leurs avantages et leurs limites ? Quelle méthode d’assurage et quel matériel utiliser selon la situation?

C’est ce que nous aborderons au prochain épisode…

[1] Christophe Moulin

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