Lofoten entre grimpe et problème de voiture

Il y a des fois où une mauvaise expérience peut ruiner votre voyage. Le voyage dont il est question ici en est pourtant l’exemple inverse. Ou comment une expérience de grimpe peut être si intense qu’elle en fait oublier le fait qu’on vient tout juste d’exploser une voiture.

Quand tout se passe bien



Après avoir grimpé Godfather (50m, N7/7a) Korstoget (350m, N7/7a), fox club (N7+/7a+), Silmarillion (N7/7a), Riz Raz (N7/7a+) et bien d’autres voies, nous pouvons dire que jusqu’ici nous avons réussi notre trip dans les Lofoten (Norvège). Pour finir sur cette belle lancée, nous projetons de grimper du côté d’Henningsvaer et Kalle, car une grande face manque encore à notre voyage : Pillaren, par la voie “Der König hat gesprochen” (« Le Roi a parlé », N6+/6c). La voie parfaite pour finir notre voyage.




L’incident bête et méchant

En arrivant au campement à Kalle, ma tête bouillonne de diverses pensées.  Je suis heureux, heureux de ce que nous ayons réussi à grimper jusqu’ici, heureux qu’il n’y ait aucun blessé, heureux de grimper une dernière belle montagne de granite avant de rentrer à la maison.

En arrivant sur le parking avec notre voiture de location, je vois deux grimpeurs que nous avions déjà rencontrés quelques jours plus tôt. Je leur fais signe de la main avec une grand sourire, tout en me dirigeant vers une place de parking. Mais subitement, la voiture s’arrête en faisant un bruit très inquiétant. En sortant de la voiture, je réalise très vite que du liquide s’échappe en grande quantité du moteur. Merde ! Il faut maintenant prendre une décision. Si nous appelons la compagnie d’assurances, il faudra oublier la grimpe. Mais comme il nous reste 40 h devant nous et que nous ne sommes pas encore rassasiés d’escalade, nous prenons le risque : le granite avant tout !



La grimpe comme exutoire  



C’est fou comme on peut passer d’un état d’énervement total à un état de tranquillité absolu, dès lors qu’on se met à grimper. Quelques heures et quatorze longueurs plus tard, quand mon partenaire Mathias me rejoint au sommet, je me demande comment il peut avoir l’air si heureux, alors que depuis ce matin nous sommes plus pauvres de 1 500 €. Je ne le sais pas, mais j’ai la même expression.

Le topo sous-entend que nous trouverons une belle ligne de rappels toute équipée, ce qui devrait nous épargner une longue descente à pied. Pour trouver cette fameuse ligne, je fais un premier relai en le sécurisant un maximum, mais arrivé en bas du rappel, je ne vois malheureusement pas le second relai tant espéré. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir scanné toute la paroi. Même un coup d’œil approfondi au topo n’y changea rien. Je commence à m’inquiéter. Et si le topo était erroné ? Un peu nerveux, je remonte sur la corde jusqu’à Mathias. Après avoir examiné une éventuelle descente à pied, impossible à cause de la raideur du terrain et de nombreux blocs instables, nous sommes de retour au point de départ. Je décide d’y retourner et de chercher de nouveau le relais. Vingt minutes plus tard, me voilà de nouveau de retour à la case départ, fatigué. Je décide de faire une petite pause pour reprendre mes esprits. Au moins, grâce à cette situation, j’en oublie totalement la voiture.

Une autre lecture de l’itinéraire, et hop nous repartons à la recherche d’une descente à pied. Nous suivons alors une pente herbeuse, puis grimpons un mur exposé, en baskets, pour arriver dans un cul de sac. Mathias aperçoit alors, quelques mètres plus bas, une cordelette relativement neuve : « Il y a un relai là ! ». Malheureusement, car nous recommençons la même recherche impossible dès le rappel suivant. Après ce nouvel échec, nous décidons de mettre en place un relai de fortune sur une vielle sangle trouvée. Avec toujours cette même inquiétude : est-ce qu’on va trouver quelque chose ? Est-ce qu’on va s’en sortir sans accident ? Surtout, est-ce que le relais que nous avons mis en place va tenir ?

35 mètres plus bas, je trouve un vieux piton qui ne demande qu’à s’arracher du rocher. Je fais mon relai sur deux coinceurs bien placés, sans pour autant être « béton ». Mais je n’ai pas le choix. Absorberait-il le choc de la chute de Mathias, si par malheur le relai précédant sautait ? Avec un courage incroyable, Mathias se laisse lentement glisser vers moi. La tension augmente selon les mouvements dynamiques de la corde, qui font bouger la sangle du relai supérieur. Ça semble tenir. Je dis à Mathias d’utiliser le vieux piton comme prochain point de relai, puis la scène se répète une fois de plus, avec la même tension. Pourquoi avons-nous eu une confiance absolue dans le topo, au point de ne pas prendre un peu plus de matériel à laisser en place ? Je ne sais pas. Au cinquième rappel, en bout de corde avec l’impossibilité de placer le moindre coinceur, je n’ai pas d’autre option que de me désencorder et de dégrimper quelques mètres en solo, avant de placer enfin une protection. Une fois le petit Camalot bleu placé, je peux enfin respirer.

Quand Mathias arrive à ma hauteur, il nous reste encore 60 mètres à descendre avant de rejoindre une belle vire herbeuse. Mais j’ai un plan : nous allons dégrimper toute la longueur, en prenant bien soin de mettre un Friend tous les cinq mètres, pour la sécurité de Mathias. Pendant qu’il descend, j’aperçois un casque blanc. Génial, d’autres personnes ! Cela veut dire que nous ne sommes pas très loin de la bonne ligne de rappel. Le sentiment de bonheur doit ressemblait à ça. Après avoir réussi à communiquer avec la fille au casque blanc en dessous de moi, celle-ci me confirme qu’il y a une ligne de rappel sur plaquettes, juste 40 mètres en dessous de nous. Nous sommes sauvés ! En descendant sur ces relais enfin sécurisés, nous reprenons confiance et la bonne humeur revient. Les rappels suivants s’enchaînent aussi vite que notre joie est grande...



Conclusion : La voiture et le piton

Quand nous arrivons enfin à la voiture, je suis étrangement indifférent à ses problèmes mécaniques. Au contraire, je suis bien content que ce soit le système de refroidissement de la voiture qui soit brisé, et non pas les rappels foireux que nous avons posés !

 

Copyright pour toutes les photos: Jef Verstraeten

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