Les courses de neige et glace

Robin Revest est un alpiniste et guide de haute montagne toulonnais.

Excellent technicien sur tous les terrains et photographe de talent, il a signé, aux côtés d’Helias Millerioux entre autres, de superbes réalisations aux quatre coins du globe.

Il nous livre ici quelques points clés pour aborder  les courses de neige.

Au vue de l’enneigement actuel de ce début d’été il y a fort à parier que les courses de neige et glace soient en conditions correctes pour peu que les températures restent clémentes. D’année en année la montagne évolue et c’est à l’alpiniste de s’adapter.

Les techniques de progression et de sécurité étant la base pour aborder sereinement ce type de course, il est bon de rappeler quelques principes qui pourraient vous servir cet été !


1- La préparation de la course.


Pour moi cette étape est un facteur très important dans la réussite de la course. Se renseigner auprès des refuges, Office de Haute montagne, Net, connaissances, tous les moyens sont bons pour grappiller des infos.

Pour une course en neige et glace on fera attention aux points suivants :

– Etat de l’approche, glacier ouvert ? Besoin de ski, raquette ou à pieds ?

Etat de la Rimaye ? Condition d’enneigement : neige fraîche, présence de glace, sècheresse ? La difficulté de l’itinéraire est-elle réaliste en fonction de mon niveau ?

– L’isotherme 0°, météo de la nuit précédente pour anticiper un possible regel.

– On sera attentif à l’heure où l’itinéraire prend le soleil donc, à l’orientation de la face. Les conditions seront bien plus changeantes si l’itinéraire prend le soleil dès le lever du jour ou au contraire s’il reste à l’ombre une grande partie de la journée.

Seule une bonne préparation aidera à résoudre ces différentes questions et dans la plupart des cas un départ très matinal lorsque la neige est encore dure garantira une vraie sécurité.


2 – Le matériel spécifique.


– Crampons munis d’anti-neige, piolets, broches à glace, corps mort (type « Dead-man »), crochet à lunules, des gants, casque, corde hydrofuge, matériel de sauvetage sur glacier, de la cordelette type 7mm, sac de 25 à 40l selon la course.

©Elisabeth Revol


Il y a plusieurs étapes dans le déroulement d’une course en neige et glace:


3 – L’approche en terrain glaciaire :

Patagonia 2011 208KorraLa règle de base est un encordement long (de 10 à 15m) et une corde tendue. Il va de soi que les techniques de sauvetage en crevasse doivent être maitrisées. Le piolet toujours dans la main ou à portée même si le terrain est plat.


4 – Le passage de la rimaye :

GiovanniRossi (10)Elle marque la fin de l’approche et le début de l’ascension. Choisir le meilleur passage. Le leader se fait assurer et confectionne un relais le plus tôt possible, ce qui n’est pas toujours facile. (Absence de glace, pas de rocher, neige profonde). On utilisera souvent un corps mort ou dans l’idéal des broches. Il fait venir son ou ses seconds.

Si l’on est sûr de la solidité du relai on pourra assurer directement son second dessus. Dans l’autre cas le leader relié au relais placera son assurance sur soi, sans renvoi sur le relais.


5 – Evoluer sur la neige : la tenue du Piolet.

Outil indispensable, on l’utilise généralement en piolet-canne. Dès que la pente se redresse on l’utilise généralement en piolet-appui puis piolet traction.


6- L’utilisation des crampons :

Là aussi les crampons sont les meilleurs amis de l’alpiniste ! On adapte la position du pied en fonction de la raideur. Dans des pentes jusqu’à 40° on évoluera souvent en cramponnage 10 pointes. Une pente autour de 60° obligera plus à un cramponnage frontal mixte.


7 – Les modes de progression :

Les courses de neige sont généralement les plus délicates à gérer au niveau de l’assurage. Il faut constamment adapter son encordement en fonction du terrain.

©RobinRevest

©RobinRevest

– Dans les courses de neige peu difficiles et les couloirs classiques, les alpinistes progressent simultanément avec des anneaux à la main et un encordement court. De ce fait, une petite glissade du second peut être enrayée. Le leader a une grosse responsabilité. Néanmoins, la véritable sécurité vient des alpinistes eux même et leur capacité à ne pas tomber.

– Dans les courses de neige et glace raides, dès que le terrain ne permet plus d’avancer en sécurité en progression simultanée, on optera pour une ascension longueurs par longueurs entrecoupées de relais.


8 – Les amarrages et les relais en neige et glace :

– Le corps mort : Il est souvent employé dans les courses de neige pour faire un relais. Il peut s’agir d’un piolet, sac à dos, sac plastique. Généralement on utilise son piolet, de préférence droit, qui sera plus efficace. Celui-ci est placé à plat et perpendiculaire à la traction sous une profondeur minimale de 40cm. La plupart du temps, le leader est relié à l’ancrage et assure son second sur lui de manière dynamique.

– Les broches : généralement vendues en 3 tailles (13, 17 et 21cm), on en emporte minimum 2. Il est important d’avoir des tailles différentes. On visse une broche à fond et de façon perpendiculaire.

– La lunule de glace ou « Abalakov » du nom de son créateur. On la réalise en vissant 2 broches de 17cm minimum qui se rejoignent à 90°. On glisse une cordelette qu’on récupère grâce au crochet à lunule. On joint les 2 bouts et cela donne un anneau. On l’utilise généralement lors d’une descente en rappel non équipée.

©RobinRevest

Les courses de neige sont souvent associées à la haute montagne, elle nous rappelle les cimes enneigées, les couloirs vertigineux et les arêtes aux larges corniches. Ce furent souvent les premières voies ouvertes par les pionniers pour rejoindre le sommet convoité. Aujourd’hui, malgré leur monotonie elle reste un fabuleux moyen pour découvrir une belle montagne ou lors de ski de montagne. Les courses de neige marquent leur limite quand la paroi se redresse fortement, on parle alors de goulotte ou de cascade de glace.


Dans les Alpes il y a une multitude d’itinéraires de ce type et de tous niveaux, voici quelques idées par ordre croissant de difficulté :


– Faciles: Le Grand Paradis (Italie), Roche Faurio (Oisans)…


– Peu difficiles : Traversée du Mont Blanc


– Difficiles : Couloir Whymper à l’Aiguille Verte, l’arrête Küffner au Mont Maudit, couloir N du coup de Sabre (Oisans), couloir couturier


– Très difficiles : Grand Pilier d’Angle, goulotte en face sud du Mont-Blanc, face nord des droites voie Ginat…


Pour finir, une petite anecdote qui me fait sourire en y repensant. Les joies de la jeunesse…

Par une belle journée estivale d’un mois de Juillet, nous étions partis avec Hélias vers 8h de Courmayeur en vue d’aller grimper le grand pilier d’Angle. Il faisait chaud, très chaud, la neige avait déjà réchauffé et pendant la marche d’approche nous nous enfoncions jusqu’au tibia. Plusieurs signaux qui nous disaient : « mes p’tits gars c’est un peu tardif comme départ non ?!! »

Malgré tout nous avons continué, et nous avons fait beaucoup moins les malins à midi sous les séracs de la Poire !!

L’ascension en elle même fût plus plaisante, la face était passée dans l’ombre et la neige plus dure. En fin de journée nous remontions l’arrête de Peuterey et le Mont Blanc après une bien belle bambée !

Aujourd’hui je ne pense pas que j’aborderai les choses de la même manière, mais quoi qu’il en soit ce fut une expérience intéressante. Je crois que depuis ce jour nous avons compris l’importance d’un départ matinal…


Robin





Articles reliés

Faire des bons plans… sur la glace.

Comments

Log in or register to post comments