Le ski de pente raide - un jeu sérieux

Krister JonssonKristen Jonsson est un guide de haute montagne franco-suédois qui adore s'exprimer sur tous les terrains. Il nous livre ici sa vision du ski de pente raide...

L'escalade, en particulier le mixte en haute montagne, peut être une activité dangereuse. Mais descendre un couloir raide en ski c'est un cran au-dessus.

Personnellement je considère le ski de pente raide en général comme l'une des activités les plus dangereuses en montagne.

C'est également l'activité dans laquelle j'ai perdu le plus d'amis.

A travers mon métier de guide, je me pose souvent la question de la pertinence d'emmener des clients en ski de pente raide. Souvent le ou la cliente (souvent "le") manque de confiance en lui(elle) et cherche la "garantie" que cela se passe bien. Lorsque je guide en pente raide, je n'y vais qu'avec des clients entraînés et compétents dans ce domaine.

En guise de comparaison, quand je guide dans une voie difficile, mon client est toujours sur la corde, bien assuré. Dans une descente à ski ce n'est pas le cas, car assurer une personne à ski est très compliqué. Enrayer une chute dans une pente raide n'est pas envisageable. Ou cela revient à poser des rappels, mais dans ce cas on ne parle plus vraiment de ski.

Face nord de l'Aiguille du Belvédère ©Krister Jonsson

Si je prévois de skier un itinéraire raide ou exposé, je m'intéresse d'abord à la météo des jours précédents. Est-ce qu'il y a eu du vent ou de la neige? Y-a-t-il eu des variations de température? Ce sont les informations de base pour évaluer le risque d'avalanche. Mais il faut aussi observer l'orientation de la pente, sud ou nord, et si elle a été skiée ou pas précédemment.

Pour la première descente de la face est de Kebnekaise, le plus haut sommet de Suède, j'ai parcouru la voie plusieurs fois. Le jour de la descente, la visibilité était limitée mais les conditions étaient plutôt bonnes avec du froid et du temps stable. Après une bonne heure d'attente, les nuages se sont déchirés et j'ai pu skier la ligne sereinement en allant d'une zone de sécurité à une autre.

Deux jours plus tard, toute la pente est partie, mais la seule chose qui avait changé, en dehors des traces de ski récentes, c'était la température qui avait augmenté de 3 ou 4 degrés. Cela montre bien à quel point la marge est réduite en ski de pente raide.

couloir James Bond / Aravis ©Krister Jonsson

Pour évaluer le risque d'une descente, j'observe aussi la présence ou non d'îlots de sécurité, d'échappatoires éventuelles et où il est sûr de s'arrêter. Vous pouvez imaginer la sécurité en termes de facteurs positifs et négatifs. Les plaques à vent et la glace sont par exemple des facteurs négatifs, en revanche un jour froid, avec un ciel dégagé, 4 ou 5 jours après la dernière chute de neige, est un facteur positif.

Si je veux skier un couloir raide, je préfère le gravir d'abord, de manière à sentir l'état de la neige et les possibles variations de sa qualité le long de l'itinéraire. Est-ce qu'il y a des sections en glace? Est-ce qu'il y a des îlots de sécurité pour s'arrêter ou s'échapper si ça glisse?

De mon point de vue, le risque est aussi bien plus important si je décide d'attaquer une face plus "ouverte", car le risque d'avalanche y est beaucoup plus difficile à prévoir que dans un couloir étroit. Je me sens beaucoup plus vulnérable dans ce type de terrain...

©Luca Rolli

Le danger dans une face raide ne dépend pas que de moi et de la neige. J'ai déjà vu des rennes ou des chamois qui, effrayés par une présence humaine, déclenchaient de grosses avalanches. J'ai aussi vu des skieurs couper une pente au-dessus d'un autre groupe et déclencher une avalanche, ne réalisant même pas qu'ils mettaient en danger d'autres personnes à part eux.

Gardez aussi à l'esprit que l'on fragilise plus une pente à pied qu'en ski. Skier "léger" et en douceur est aussi un facteur positif.

Un jour je suis allé skier une grande classique des Deux Alpes avec deux amis. Tout allait pour le mieux; c'était un petit peu tracé mais la plupart du temps nous avions pu trouver pas mal de zones vierges. De retour sur la piste, nous avons observé un hélicoptère en stationnaire juste derrière nous. C'était un peu curieux, mais je n'y ai pas prêté attention jusqu'à ce que j'apprenne, quelques années plus tard, que deux pisteurs qui avaient effectué le même run que nous, dix minutes après avaient été emportés et tués par une énorme avalanche.

C'est facile de sentir le risque quand vous êtes en difficulté mais ce n'est pas toujours facile de savoir quand vous êtes passé prêt de la catastrophe!

En habitant au coeur des Alpes, à proximité de Chamonix, il ya toujours beaucoup de possibilités pour faire de belles choses en ski, en particulier quand vous avez du matériel facile à utiliser et léger, avec des chaussures performantes et tout les accessoires qui vont bien. La plupart du temps, vous avez besoin d'un simple jeu de bâtons solides, d'un ou de deux piolets, d'un DVA et d'un casque sur votre tête.

Mais le plus important est d'avoir un esprit ouvert et des idées claires. Il y a beaucoup de belles choses à faire en montagne. Gardez en tête de prendre vos propres décisions et de choisir vous-même vos objectifs. Ne commettez pas l'erreur classique de skier une pente juste parce que "tout le monde l'a skiée".

Si les conditions ne sont pas idéales, remettez ça à un autre jour!





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