Faire des bons plans… sur la glace.

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Parce que les hivers se suivent mais ne se ressemblent pas, nous vous proposons aujourd’hui quelques clés d’observation et d’aide à la prise de décision en cascade de glace.

Tout en mettant l’accent sur les situations problématiques ou « à risque », nous ne cherchons pas à effrayer les débutants ou rebuter les plus passionnés mais plutôt à donner quelques billes pour mieux évaluer les conditions. Nous traitons ici de ce qu’il est possible d’observer depuis la maison, avant le jour J.

Issus de notre ouvrage « Glaces, arts expériences et techniques », et de la méthode « Check and Go » qui y est développée, voici donc quelques points non exhaustifs qui pourraient aiguiser votre vigilance et vous aider à faire les bons choix, avant d’aller affûter piolets et crampons.


La météo

Comme pour toute sortie en montagne il est bien sûr primordial d’observer le bulletin local et la tendance météo générale, ne serait-ce que pour rendre sa journée plus agréable ou au contraire se préparer au combat de rue contre les bourrasques, le froid et les spindrifts à répétition…

Mais avant tout, il est surtout important de se poser quelques questions :


Le risque d'avalanche

La situation est-elle avalancheuse ? Le BERA (Bulletin d’Evaluation du Risque d’Avalanche), l’avis d’autres pratiquants, de professionnels, de personnes locales sont autant d’informations précieuses pour connaître la situation nivologique du jour J et confirmer, modifier ou annuler son projet. N’oubliez pas que les cascades sont souvent des réceptacles d’avalanches et l’approche, l’ascension comme le retour peuvent vous exposer dangereusement…


La courbe de température

La courbe des températures des derniers jours est-elle favorable ?

Pour visualiser cette courbe, vous pouvez chercher les balises météo les plus proches (des balises vol libre comme http://www.balisemeteo.com) ou encore vous référer à des sites comme météofrance.fr qui permettent d’obtenir un historique remontant aux jours précédents. L’idée n’est pas ici d’avoir la température exacte du site (toujours difficile) mais plutôt l’évolution générale des températures dans une station de proximité.

Les situations de redoux durable avec des températures nettement à la hausse et positives depuis plusieurs jours, les situations de « coup de froid » où les températures chutent brutalement ou encore les situations de « changement de phase » (gros écarts entre le jour et la nuit) posent de sérieux problèmes. En désolidarisant la structure de son support ou en lui infligeant d’énormes contraintes avec une forte dilatation, ces différents scénarios doivent inciter à la plus grande méfiance.


La structure

De quel type de cascade s’agit-il exactement ? Un gros débit aux formations creuses comme les tubes et cloches qui peuvent se disloquer avec des températures élevées et un débit important? Un ruissellement constitué de rideaux, colonnes et stalactites, édifices indépendants dont la stabilité va poser question ?

Chaque cascade pose ses propres obstacles et a sa façon à elle de vieillir et de disparaître selon la nature du support, la raideur de la face, l’exposition aux éléments. A ce titre la consultation du topo en dehors de la cotation et de la longueur de l’itinéraire, l’avis de professionnels, le retour des grimpeurs sont des éléments à prendre en compte, surtout à l’heure d’internet et de l’info en temps réel.


Helias Millerioux en action sur une belle colonne ©Helias Millerioux

Mais attention !

Restez critique ! Sachez trier, hiérarchiser et analyser ces informations : d’une manière générale, le « C’était top ! » n’apporte au mieux pas grand chose et au pire peut vous conduire à un mauvais choix.
Est-ce que la cascade est facile à gravir dans une glace sorbet ? Est-ce qu’elle semble bien solide et homogène ? Est-ce que le grimpeur poste ce commentaire pour satisfaire son égo en occultant les moments difficiles qu’il a vécus ?

Comme en ski hors-piste, il peut exister un fort paradoxe entre facilité, plaisir et degré de dangerosité…


La cordée

Il peut être sage ici d’évaluer l’adéquation entre votre niveau réel et le projet en question.

Avec qui vais-je m’encorder ? Qui sera le leader ? Suis-je de nature raisonnable ou au contraire dans l’incapacité de renoncer une fois au pied ? A-t-on l’entrainement, le niveau technique et l’expérience pour gérer l’ascension ? Partons-nous sur le mode « Gopro / facebook » ou sommes-nous là pour l’instant présent ?

Sebastien Laurent à Cogne ©Sebastien Laurent

Tout cela peut bien sûr paraître évident à bon nombre de glaciéristes, mais a-t-on vraiment préparé un plan B ou une option de retour ? A-t-on planifié un timing pour notre ascension ? A-t-on anticipé le fait que d’autres cordées soient déjà engagées sur l’itinéraire convoité ?

Si vous trouvez réponse à chacune de ces questions, vous êtes un pratiquant particulièrement prévoyant. On ne pourra jamais tout planifier et c’est bien pour cela que la pratique de la cascade de glace est aussi intéressante.

Néanmoins, en éclaircissant bon nombre d’entre elles, vous pourrez plus sereinement préparer votre matériel : affûter piolets, crampons et broches, vous munir de sangles, d’un fond de sac en cas de repli ou de changement de plan, prendre de quoi vous couvrir, vous alimenter, vous hydrater…

Bref, préparer votre sac en bon alpiniste que vous êtes, prêts à vivre une belle aventure.

Bonne glace à tous!


Jérôme Blanc-Gras


Plus d’infos et de détails dans le livre « Glaces / arts, expériences et techniques » et sur notre site icefall-data.org

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