Cascade de glace du Pas du roc

L'escalade sur les cascades d'eau gelées est née dans les années 70 et à cette période, la plupart des cascades gelaient tous les hivers et restaient longtemps en condition...Mais le climat évolue et la hausse des températures devient une évidence. Par conséquent et depuis quelques années, la période pour pratiquer la cascade de glace devient plus restreinte, les apparitions des cascades deviennent parfois furtives, et la pratique éphémère.

 

Une saison de glace compliquée

 

Toutefois, de belles formations apparaissent chaque année pour le plus grand plaisir des glaciéristes...Parfois ce sont les gros débits d'eau qui gèlent, comme en 2012 avec la cascade de la Pisse (à la Grave), la cascade de Moulin Marquis (en face des célèbres falaises de Presles) ou encore la cascade Saint Benoît (en Maurienne). Parfois ce sont des suintements qui gèlent, et parfois c'est la surprise ! En cette fin février 2018, après une saison compliquée où nous avons vu se mélanger en multiples couches tous les ingrédients d'une météo complexe et obscure (neige en grande quantité, pluie intense, froid vif mais aussi grande douceur), de belles cascades ont tout de même fait leur apparition.Le Pas du Roc fait partie de ces cascades.

Cascade de glace rare

 

Rien ne pouvait pourtant laisser présager cette année de la renaissance de cette cascade si rarement observable.En effet, une altitude basse (1 000 m), une orientation défavorable (plein sud), une physionomie tout aussi défavorable (raide), et une alimentation en eau souvent inexistante l'hiver rendent la formation de cette cascade particulièrement rare. Sa dernière apparition date de 2003...

 

Mais ce 26 février, en fin de journée, le message de Julien est clair, la photo sans équivoque : la cascade du Pas du Roc est de nouveau formée !Restent quelques questions : la glace est-elle suffisamment épaisse ?La cascade est-elle suffisamment solide pour être grimpée ? Mais nous n'avons pas le temps d'attendre, la hausse des températures est annoncée, il faut se libérer et aller voir. Dans notre discipline, c’est la cascade qui décide du rendez-vous.C’était pour le lendemain.

Excités comme des enfants nous nous dirigeons vers ce joyau, cette cathédrale... Les yeux rivés vers le haut, nous remontons les longueurs faciles d'accès.

 

Une ascension aussi belle que délicate

 

Au pied de la cascade, après un temps de réflexion et de calme, Julien s'engage dans cette première longueur, qui s’avère engagée : il ne trouve pas les spits de l'ouverture en 2003, à chaque crochetage du fin plaquage final, un bruit sordide se fait entendre, les protections dans le dernier tiers de la longueur sont inexistantes... Ambiance.

Heureusement, la bonne glace et le relai arrivent enfin et tout le monde peut souffler.

La longueur suivante est classique, la glace est tendre et agréable à grimper, et c'est rapidement que nous atteignons une belle grotte au pied de la 3è longueur. Comme toujours en cascade, protéger mes compagnons des chutes de glace me paraît comme une évidence et même une obligation. Cette grotte sera parfaite.

La 3è longueur est démente, raide, formée de grosses méduses. La glace est aérée, tubulaire et froide, l'escalade est moderne, gymnique. Un doux plaisir nous envahit en franchissant ce deuxième « crux » sans spit... Une dernière petite longueur nous permet déjà d'atteindre la passerelle sommitale.

La patience récompensée

 

C'est vraiment un privilège rare de pouvoir répéter cette cascade. Tellement rare et agréable que l'on retourne la gravir une seconde fois en empruntant une raide variante plus à droite.

Merci à mes compagnons de cordée pour ces deux belles journées de partage et en particulier à Julien Irilli!

C'est dans ces moments intenses que l'on met en pratique des années d'entraînement et d'expérience, juste pour savourer le plaisir du travail bien fait.

C’est aussi pour profiter de ces moments intenses que l’on s’arme de patience.

Pas du Roc, on t’a attendue pendant 15 ans, mais tu ne nous as pas déçus.

 

Le rêve est devenu réalité !

Nicolas Beauquis

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